Le violon de Laurent Korcia fait du cinéma Ouvrons les frontières. Le meilleur violoniste classique français élargit son répertoire. Il joue des musiques de films connues de tous.Mais le plus libre des violonistes français connaît la rengaine. Sa liaison avec Julie Depardieu lui a valu quelques expositions médiatiques auxquelles le cercle fermé de la musique classique n’est pas abonné: «Et pourtant, soupire-t-il. Si vous saviez ce qu’on a refusé!! Des couvertures de Paris-Match ou de Gala. Des trucs fabriqués. Mais on n’a jamais fait que le strict naturel». Il a fini par s’habituer à ce régime un peu à part puisque pour lui ça remonte à loin. À l’époque, il avait 7 ans, il a fait ses premières gammes avec un ancien... ostréiculteur. Ça se passait à Draguignan, où Charles Jarno, retraité charentais, s’était installé, troquant les casiers pour le violon, son autre passion. «Sans lui, j’aurais sans doute fait de la guitare, comme tous mes copains. Mais il m’a mis un violon dans les mains, pour créer un cours de violon à l’école de musique. C’est fou comment un destin peut aussi tenir du hasard». Ce jour-là, il est allé au cinéma. L’inspiration n’était pas au rendez-vous, il a pris un ticket pour Safari; mais Laurent Korcia a quelques excuses. D’abord, il y a son amitié inconditionnelle pour Kad Mérad qui fait l’affiche de cette comédie. Puis, l’alibi de devoir accompagner sa fille de 7 ans en mal de sorties. Mais surtout, quand il pousse la porte d’une salle obscure, il a la conviction désormais de faire son job... de violoniste. Laurent Korcia: cinéma, c’est le titre de son nouvel album. Le thème aussi. Un programme d’une vingtaine de musiques de longs-métrages, qu’il a parfois adaptées ou transposées quand il ne les a pas saisies telles quelles. Côté titres de films, ça donne Cinéma Paradiso, Les valseuses, Mission impossible puis La liste de Schindler. Côté compositeurs, on recense Morricone, Gershwin. Chaplin ou Saint-Saëns. Pas de petite musique Saint-Saëns. Celui-là, Laurent Korcia n’aurait pas voulu le manquer. Classique de chez classique, ce cher Camille (1835-1921) fut le 1er compositeur de musique de films quand il écrivit la partition qui accompagnait L’assassinat du duc de Guise, un film muet d’André Calmettes et Charles Le Bargy, réalisé en 1908. Personne à l’époque n’aurait eu la réaction saugrenue de faire la sourde oreille à ce mélange des genres. Mais aujourd’hui, il est de bon ton, ici ou là, d’installer une hiérarchie entre une prétendue grande et une supposée petite musique. Protestations outrées de l’intéressé: «Tous ceux qui soi-disant s’érigent en gardiens du temple, je ne sais pas quoi leur dire. On peut sublimer des partitions toutes simples, au lieu de les mépriser. Moi, j’aime ces musiques-là. J’ai privilégié les pièces où le violon trouvait sa place naturellement». Tant pis si en France on n’aime pas toujours le passage d’un genre à l’autre: «Mais qu’ai je donc fait de mal? Comme disait Cocteau, j’essaie de trouver un petit coin frais sur l’oreiller. C’est tout ce qui m’intéresse.» «On peut sublimer des partitions toutes simples, au lieu de les mépriser.» De cours en concours la suite sera plus classique pour le hisser vers les sommets où il est aujourd’hui installé. Pourtant, sa carrière veut inscrire son style et marquer sa différence. Savoir s’éloigner Le violon est «un ami, un confident, un complice» dont il entend faire sa voix. Il en plaindrait presque ses collègues pianistes. «Ils appuient sur une touche et la note sort. Nous on la fabrique, on la fait vivre. La corde et l’archet sont comme des matériaux avec lesquels on façonne ce qu’on a à dire». Pour garder la spontanéité de l’expression de ses états d’âme ou de coeur, il veille à gommer le plus possible les habitudes dans son quotidien. Ce jour-là, ses confidences, arrosées d’un Coca Light dans une brasserie huppée de la Place Clichy à Paris, viennent après 2 heures de travail avec son instrument. Il n’en fera pas davantage. «C’est bien de savoir s’éloigner de temps à autre. À mon niveau, on travaille pour ne pas perdre. Et non pas pour apprendre.» Nuance et subtilité: «C’est très à la mode d’être méticuleux et pointilleux jusque dans le moindre détail. Mais c’est tout ce que je n’aime pas. J’aime l’improbabilité de se dépasser. Comme un funambule, j’ai besoin de me mettre en équilibre sur un fil. Il y a tellement de gens qui jouent en concert ce qu’ils ont donné la veille et ce qu’ils redonneront le lendemain! Certes ça rassure, mais je déteste ce côté chien savant.» Un côté cinéma. Pierre Fornerod (Dimanche Ouest France-Juin 2009) Photo: © Andres Reynaga |
Ouvrons les frontières. Le meilleur violoniste classique français élargit son répertoire. Il joue des musiques de films connues de tous.
