LE TEMPS / 03/03/2011

Stephen Kovacevich à flux tendu

Kovacevich à flux tenduLe pianiste américain joue Beethoven et Schubert à Neuchâtel.

I
I y a Kovacevich sur disque et Kovacevich sur scène. Dans un cas comme dans l'autre, talent et prise de risque se côtoient sans cesse.
Comme si le jeu du pianiste américain se nourrissait d'être à chaque instant sur la brèche. L'incise du toucher, l'un des plus fermes et des plus personnels du circuit classique, rappelle l'héritage londonien de la grande Myra Hess, dont le jeune Stephen fut l'élève au début des années 1960. Il en a gardé une propension aux tempos très enlevés. Mais là où sa professeure accélérait sans faillir, on sent Kovacevieh mis au défi de sa propre nervosité. La relation entretenue par le soliste avec l'indomptable Martha Argerich n'a probablement rien arrangé à cette attirance pour la cinétique débridée.
Au disque, cette posture limite garantit des lectures aux aguets, tout en présence. Les Variations OiabeUi (réenregistrées chez Onyx) et l'intégrale des Sonates (parue chez EMI) documentent le parcours d'un très grand beethovénien, capable de saisir le mélange d'urgence et d'architecture qui caractérise cette musique.
En live, Stephen Kovacevich est capable du meilleur comme du pire. Ce concert neuchâtelois s'inscrit dans la série Les Grands Interprètes et marque la mise sur pied d'une master class avec le musicien.
La Sonate en si bémol majeur, D 960, de Schubert qui clôt le programme révélait un Kovacevich entre deux eaux, l'été dernier au Progetto Martha Argerich de Lugano; la sonorité éblouit mais la sérénité manque. Quatre Bagatelles et la Sonate Op. 110 placent la première partie sous le signe de Beethoven.
Journaliste : Denise de Ceuninck